Impact naturaliste

 

L’éolien, qui est une industrie moderne et récente, est soumis à des études environnementales très strictes qui font qu’on connaît exactement ses impacts. A l’opposé, il est impossible de quantifier les nuisances des centrales à charbon sur les chauves-souris ou celles de l’industrie nucléaire sur les populations d’oiseaux. Les éoliennes ont cet avantage que la chaîne de causalité entre la machine et ses effets est simple à établir.

 

Energie éolienne et oiseaux

 

Les impacts des éoliennes sur les populations d’oiseaux sont de 3 ordres : le dérangement, la perte d’habitat et la mortalité directe. De façon générale, les différents suivis ornithologiques menés à travers le monde montrent que les oiseaux migrateurs modifient leur comportement à l'approche des éoliennes et que les oiseaux nicheurs intègrent l'existence des éoliennes dans leur environnement. La France a rapidement intégré des études d’impact sur l’avifaune dans les dossiers éoliens. Comme pour tous les rapports de ce genre, les éléments sont fournis par des bureaux d’études payés par l’entreprise et transmis par l’exploitant à la Dreal. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), les professionnels de l’éolien et l’Ademe oeuvrent à l’intégration environnementale et l’évaluation des impacts sur la faune aviaire depuis 10 ans.

Qu’est-ce qui tue les oiseaux, ordres de grandeur des causes de mortalité directe, Parlons sciences 2019

En trente ans, les populations d’oiseaux se sont effondrées en Europe, une situation alarmante que les spécialistes imputent en grande partie au dérèglement climatique mais surtout aux pesticides. Concernant la mortalité directe des oiseaux, l’éolien vient très loin derrière les prédateurs naturels (la LPO estime que les chats tuent près de 75 millions d’oiseaux par an en France !), les collisions avec les immeubles et les fenêtres, la circulation routière, les lignes électriques haute tension, la chasse et l’agriculture (sans parler des effets indirects de l’utilisation des pesticides). D'autres filières de production énergétique peuvent être particulièrement destructrices. Ainsi, la marée noire de l'Erika aurait causé la mort de 100 000 à 300 000 oiseaux marins.

D’après une publication de la LPO en 2017, le taux de mortalité varie de 0,3 à 18,3 oiseaux par éoliennes et par an en fonction de la configuration du parc éolien, du relief, de la densité des oiseaux qui fréquentent le site et de ses caractéristiques paysagères. La topographie, la végétation, les habitats et l’exposition au soleil favorisent certaines voies de passages, l’utilisation d’ascendances thermiques, ou la réduction des hauteurs de vols, et peuvent ainsi favoriser le risque de collision. Les conditions météorologiques défavorables sont également un facteur important susceptible d’augmenter le risque de collision. C’est notamment vrai dans le cas d'une mauvaise visibilité (brouillard, brumes, plafond nuageux bas ), et par vent fort. Trajets migratoires, zones de nidification… Toutes ces données sont prises en compte de manière préventive par les développeurs de parcs éoliens pour limiter la mortalité des oiseaux. Elles peuvent aussi définir des périodes de bridage des éoliennes quand le parc sera en production.

Energie éolienne et chauves-souris

 

De nombreuses menaces pèsent sur les chiroptères, dont les principales sont les dérangements en tous genres des gîtes de reproduction ou d'hivernage (spéléologie, rénovation des bâtiments, pollution lumineuse…), la destruction des gîtes, l'usage des insecticides, l'uniformisation du paysage accompagnée de la disparition des corridors écologiques (arrachage de haies), la prédation par les chats... Ces menaces sont bien plus impactantes sur les populations de chiroptères que ne peuvent l'être un parc éolien. Il reste qu'un parc éolien peut constituer potentiellement une cause supplémentaire de mortalité lorsqu'il est situé dans le domaine vital d'une population de Chiroptères.

 

Les expertises naturalistes préalables permettent d’identifier les espèces sensibles de chaque site. Les études d’impact présentent des mesures environnementales adaptées pour supprimer, réduire ou compenser les effets négatifs d’un projet éolien. La mesure essentielle consiste à éviter les sites à proximité de gîtes d'hivernage, de transit, de chasse ou de reproduction, tels que les lisières arborées, les haies ou les cours d'eau, mais aussi à proximité de zones humides ou de boisements.

 

Les chauves-souris ont une activité de chasse et de vol concentrée et réduite dans la journée et dans l’année : elles sont nocturnes, hibernent, et sont trop légères pour sortir en cas de vent moyen ou fort. Il est donc possible de programmer le fonctionnement des éoliennes en les arrêtant aux périodes dangereuses (quelques centaines d’heures par an). Pour le parc éolien citoyen de Béganne par exemple, un bridage est programmé en octobre et novembre, avec arrêt des éoliennes si la température est supérieure à 13°C, le vent inférieur à 5,5 m/s et que le soleil est couché. Au mois d'octobre 2019 les bridages chiroptères représentaient 14 MWh de « pertes » à Béganne, soit moins de 1 % de la production.

Energie éolienne et flore

 

Dans le cadre du développement d’un projet éolien et de son intégration environnementale, l’étude naturaliste préalable doit permettre d’identifier les habitats naturels remarquables et de préciser la présence d’espèces végétales protégées, rares et/ou menacées. Les données collectées constituent par ailleurs des informations importantes pour l’étude des zones humides et vont contribuer à préciser les endroits où seront installées les éoliennes en évitant les nuisances écologiques.

 

Les impacts potentiels sur les habitats et la flore concernent principalement les phases de construction et de démantèlement (terrassement, décaissement, réalisation de fondations, création de voiries et des plateformes de montage, renforcement / élargissement de chemins, abattage d’arbres, défrichement, passage d’engins, enfouissement des câbles, stockage des éléments d’éoliennes avant érection, montage des grues, etc.) et peuvent se traduire par des destructions d’habitats ou des atteintes à des stations d’espèces patrimoniales. Mais les travaux de génie civil restent très limités, et une fois installée, une éolienne se caractérise par la modestie de son emprise au sol : 1% de la surface qu’occuperait une installation de même puissance produisant un autre type d’énergie. De façon indirecte, certains impacts peuvent également se manifester en phase d’exploitation, causés en particulier par l’attrait que peut susciter le parc pour les touristes et les riverains (piétinement des habitats proches par les visiteurs).